Biografie von Chaja-Helena GANCARSKA
Au n°10 Rue André Fauchille à Woluwé-Saint -Pierre (Bruxelles) était cachée Hélène Gangarska, née le 6 mai 1925 à Tomaszow (Pologne) travaillant en tant que monitrice dans l'Internat Gatti de Gamont dirigé par le couple Ovart -Henri.
"Chaja (Hélène) Gancarska n'était âgée que de 15 ans lorsque la guerre éclata. À la fin de 1941, les nazis décidèrent d'interdire la présence des élèves juifs âgés de plus de 15 ans dans les écoles non-juives. Hélène ne put poursuivre ses études. À la recherche d’un emploi, elle s’engagea dans l’école gardienne Nos Petits, rue du Canon, où elle s’occupa d’enfants juifs âgés de 3 à 5 ans. Puis elle rentra à l’Institut Gatti de Gamond, à Woluwe-Saint-Pierre, où elle s’occupa d’enfants cachés jusqu’à ce que la Sipo-SD (regroupement de la Sicherheitspolizei et du Sicherheitsdienst) se présente à la grille du pensionnat.
Monitrice des plus petits au pensionnat, Hélène Chaja Gancarska avait assisté au premier tri entre les enfants non-juifs et leurs camarades juifs, à l’aube dans sa chambre du deuxième étage rue André Fauchille, parce que cette chambre était la plus grande. Après que tous aient été enregistrés à l’Aufnahme, elle fut chargée du groupe des « enfants isolés » à la caserne Dossin parce qu’elle était la plus âgée.
Elle seule avait vu ces enfants un par un durant un mois et demi dans les murs de Dossin, elle seule les avait suivis, accompagnés, aidés jour après jour pour qu’ils puissent se laver, se nourrir, bénéficier du lait ou de l’eau chaude nécessaires à leur entretien ; elle seule avait le droit d’aller visiter Sisie à l’hôpital sous une surveillance stricte, comme « mère de substitution », elle seule a vu Bernard partir avec l’ambulance rejoindre Sisie, elle a vu les uns ou les autres de près au quotidien, mais elle n’a pas non plus donné beaucoup de détails sur cet intermède à la Caserne ; n’oublions pas qu’elle n’avait que 18 ans.
La première personne à avoir témoigné pour les enfants disparus de Gatti de Gamond est Hélène Gancarska. Elle fut la dernière à les avoir vus, la première à connaître leur sort.
Chaja-Helena Gancarska, 18 ans, après avoir été évacuée de force d’Auschwitz lors des marches de la mort vers Ravensbrück puis Malchow-Leipzig, fut libérée sur la route par les Alliés le 23 avril 1943 et retourna en Belgique.
Chaja Gankarsca est décédée en 2015. Son jeune frère Moshe, quand à lui était caché dans un sanatorium situé en bordure de la Forêt de Soignes à Auderghem.
Un autre témoignage de Yad Vashem au sujet de Chana et de son frère Moshe
https://documents.reverso.net/Pricing.aspx?origin=5&lang=fr
« Malines s’est estompé en arrivant à Auschwitz », raconte Hélène Gancarska dans un entretien. « Malines n’était pas encore l’enfer : c’était seulement un avant-goût de l’enfer », dit-elle en 1995, pour expliquer que sa mémoire a surtout retenu le passage à Birkenau.
Les enfants et adultes juifs arrêtés au pensionnat laïque Gatti de Gamond le 12 juin 1943 ont été déportés à Auschwitz-Birkenau le 31 juillet par le convoi n° XXI, comme on peut le voir sur la liste de Transport, où certains figurent les uns à la suite des autres, ou sur leur fiche d’enregistrement marquée du cachet violacé de la « mise au travail », apposé trompeusement sur ce document bureaucratique, qui nous aide aujourd'hui à les retrouver.
https://www.auschwitz.be/fr/activites/projections
http://www.restitution.be/arti-20180608153316-izieu_a_woluwe_15_nouveaux_paves_de_memoire_en_hommage_aux_victimes_de_la_rafle_de_l_internat_gatti_de_gamond.html
http://www.cclj.be/actu/politique-societe/15-paves-memoire-devant-ancien-internat-gatti-gamont
Issus pour la plupart du quartier d’Anderlecht, où ils avaient fréquenté l’école municipale jusqu’en juin 1942, les enfants avaient connu différents lieux de cache où ils avaient parfois dû se séparer de leurs parents. Puis, ils s’étaient retrouvés au pensionnat de Woluwe-Saint-Pierre, où certains rejoignirent des voisins ou amis, venus comme eux accompagnés par Ida Sterno du Comité de Défense des Juifs ou par leurs propres moyens, pour échapper aux traques, mais aussi pour continuer à étudier. Souvent nés à Bruxelles ou Anvers, et pour la plupart, issus de familles polonaises qui avaient fui leur pays dans les années ‘20 ou ‘30, tous furent déclarés apatrides en entrant à Malines, ce qui réglait définitivement leur sort.
On évoque ici ou là la rafle du pensionnat Gatti de Gamond parce qu’elle marque un moment (mai 1943) où les Allemands voulurent faire un exemple de ce qu’il en coûtait aux non-Juifs de cacher des Juifs, « le séjour illégal d’enfants juifs chez les Aryens » n’étant plus toléré. L’action des nazis cibla d’abord le Couvent de l’avenue Clemenceau à Anderlecht, où des fillettes juives avaient été cachées par le CDJ. À l'issue de la perquisition, la Sipo-SD octroya un délai à la mère supérieure pour qu'elle puisse préparer les enfants, qu’on viendrait emmener plus tard. Avant l’expiration de ce délai, la résistance juive, prévenue de cette rafle, « enleva » les enfants pour les mettre en lieu sûr. On dit que la perquisition menée vingt jours plus tard contre l’Institut Gatti de Gamond fut peut-être une sorte de représailles de la part des agents de Fritz Erdmann, chef de la section juive de la Sipo-SD, qui s’étaient vu berner.
Cette fois, aucun délai ne fut accordé et les cinq policiers de la section juive IV B3 de la Sipo-SD de Bruxelles se présentèrent à l’aube d’un samedi de Pentecôte pour surprendre leurs victimes. Après une sélection brutale destinée à séparer les Juifs des non-Juifs, ils embarquèrent sur-le-champ tous les suspects trouvés sur place et les emmenèrent avenue Louise, dans les caves de la Sipo-SD. Tandis que les enfants et adultes juifs étaient convoyés en camions bâchés à la Caserne Dossin, Odile Ovart, la directrice, son mari Rémy et leur fille Andrée furent internés à la prison militaire de Saint-Gilles.
"Ce ne sont que des « cafards » L’actuel Athénée et à l’époque Lycée Royal Gatti de Gamond disposait jadis d’un internat au n° 10 rue André Fauchille à Woluwe-Saint-Pierre. Cet immeuble, construit en 1907, fut fortement endommagé le 10 novembre 1944 lors de l’explosion d’une fusée V1 allemande dans le bas de la rue. Il resta dans cet état jusqu’en 1950, date à laquelle il fut vendu et transformé en profondeur.
Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, Odile Ovart-Henri, née à Orp-Le-Grand le 29 mai 1892, dirigeait l’internat. Elle était également membre, comme son mari, Rémy Ovart, de L’Armée secrète, mouvement armé de la Résistance intérieure belge. Elle profita de sa fonction de Directrice de l’internat pour héberger et cacher des enfants juifs, tout en veillant à leur éducation et à leur instruction. Des adultes avaient également trouvé refuge à l’internat. D’autres enfants juifs fréquentaient l’établissement de jour.
Lors de la rafle, le 12 juin 1943, Odile Ovart-Henri, son mari Rémy Ovart et leur fille Andrée Ovart étaient présents, ainsi qu’une autre future grande figure de la Résistance belge, Andrée Geulen, qui s’occupait aussi des internes à l’internat.
Comme Andrée Geulen était la seule à parler l’allemand, les Allemands de la Sipo-SD lui enjoignirent de traduire leurs ordres. Ils exigèrent que les enfants juifs se placent à gauche de la pièce et les non-juifs à droite. Si un enfant mentait, ils le fouettaient. Douze enfants, âgés de 4 à 18 ans, se placèrent à gauche. L’un des SS allemands demanda à Andrée Geulen si elle n’avait pas honte d’enseigner à des Juifs. Elle leur répondit qu’elle ne voyait aucune différence entre un Juif et un non-Juif et leur demanda s’ils n’avaient pas honte de faire la guerre à des enfants. Ils lui répondirent : "Mêle-toi de tes affaires, quand on veut supprimer des cafards, on les écrase quand ils sont petits !". Cette phrase choqua tellement Andrée Geulen, qui était catholique, que ce fut une des raisons qui la poussèrent à entrer dans la résistance et en particulier dans le Comité de Défense des Juifs, qui contribua à sauver près de 4.000 enfants juifs pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Andrée Geulen vit encore toujours. Elle a 96 ans.
Un bébé échappa à la rafle, Odile Ovart-Henri ayant réussi de justesse à le confier à une personne non-juive qui se trouvait à l’internat à ce moment-là. Différents enfants juifs, fréquentant l’internat de jour, eurent aussi la chance de ne pas être arrêtés. Odile Ovart-Henri, Rémy Ovart et Andrée Ovart furent arrêtés et emmenés à la prison de Saint-Gilles.
Les douze enfants raflés, après avoir été emmenés par la Sipo-SD dans les locaux de la Gestapo, avenue Louise, furent emprisonnés à la caserne Dossin à Malines le 13 juin 1943.
Odile Ovart-Henri fut déportée au camp de concentration de Ravensbrück le 24 mars 1944 et ensuite à celui de Bergen-Belsen, où elle succomba du typhus exanthématique le 31 mars 1945.
Rémy Ovart fut déporté dans le camp de concentration de Sachsenhausen le 24 mars 1944, puis dans celui de Buchenwald le 6 février 1945 et mourut lors des marches de la mort en avril 1945.
Andrée Ovart (dite "Dédée"), âgée de 22 ans, resta détenue jusqu’au 29 juillet 1943. La famille Ovart ayant reçu des Allemands un "ticket de sortie" pour trois (une espèce de loterie sinistre), Odile Ovart-Henri l’offrit à sa fille pour qu’elle puisse être libérée.
Andrée Maucourant-Ovart enseigna l’éducation physique à l’école Berkendael, avenue Brugmann et créa, avec des proches, en 1980, l’association "La Famille d’accueil Odile Henri", qui s’occupe du placement d’enfants défavorisés dans des familles d’accueil. Cette association, créée à la mémoire d’Odile Ovart-Henri, est implantée à Bruxelles, dans le Borinage, le Centre et dans la province du Luxembourg et aide plus de 300 jeunes quotidiennement, ce qui correspond à plus de 200 familles d’accueil. Andrée Maucourant-Ovart est décédée en 2004.
Sur les douze enfants emmenés à la caserne Dossin à Malines, onze furent déportés dans le camp d’extermination d’Auschwitz le 31 juillet 1943. Un enfant, Bernard Lipsztadt, 12 ans, pu s’échapper. Atteint de la gale, Bernard pouvait se rendre quotidiennement à l’hôpital Onze-Lieve-Vrouwe-Gasthuis à Malines. Grâce à des complicités, il parvint à s’évader le 28 juillet 1943.
Sur les quinze personnes arrêtées le 12 juin 1943, c’est la seule personne encore en vie actuellement. Il a 87 ans.
Dix enfants, dont plusieurs frères et sœurs, périrent à Auschwitz : Régine Kossover (15 ans) et son frère Isidore Kossover (4 ans), Anna Patron (15 ans) et sa sœur Emma Patron (8 ans), Joanna Juzefowicz (18 ans) et son frère Henri Juzefowicz (16 ans), Boris Gurman (11 ans), Marcel Wisznia (11 ans), Ingeborg Stern (16 ans) et Rachel Tomar (13 ans).
Une jeune fille, Chaja-Helena Gancarska, 18 ans, après avoir été évacuée de force d’Auschwitz lors des marches de la mort vers Ravensbrück puis Malchow-Leipzig, fut libérée sur la route par les Alliés le 23 avril 1943. Elle est décédée en 2015.
Il y avait également des enfants juifs externes hébergés dans des familles. Le matin du 12 juin 1943, en arrivant à l’internat pour suivre leurs cours du jour, deux enfants furent arrêtés par un rexiste belge en civil qui aidait les Allemands. Ils furent emmenés dans une cave pour attendre d’y être interrogés. Pendant que les agents de la Sipo-SD et leurs auxiliaires inspectaient l’immeuble, ils se retrouvèrent seuls un instant et en profitèrent pour s’éclipser. La chance et l’audace leur avaient souris.
Un Izieu belge Ce qui s’est passé la nuit du 12 juin 1943 à l’internat du Lycée royal Gatti de Gamond à Woluwe-Saint-Pierre est similaire ce qui s’est déroulé à Izieu en France le 6 avril 1944. Quarante-quatre enfants juifs (dont des Belges) réfugiés à Izieu dans une bâtisse transformée en colonie de vacances y furent raflés ce jour-là par des Allemands, sous le commandement de Klaus Barbie et déportés. Cela donna lieu à un retentissant procès en France dans les années ’80.
Odile Ovart-Henri, "Juste parmi les Nations" Odile Ovart-Henri a eu droit, à titre posthume, au titre de Prisonnier Politique et en 1985 elle fut déclarée par l’Etat d’Israël "Juste parmi les Nations" et un arbre fut planté à son honneur dans l’Allée des Justes au Mémorial Yad Vashem à Jérusalem.
Depuis des années, des milliers de Pavés de Mémoire ont été placés un peu partout en Europe. Ils sont l’œuvre de l’artiste allemand non-Juif Günter Demnig et toujours mis devant l’entrée (à l’époque) du dernier lieu de résidence des victimes. Ce sont des pavés surmonté d’une plaque en laiton de 10 cm sur 10 cm, un par personne, mentionnant notamment le nom de la personne, sa date de naissance, celui de son arrestation, de sa déportation et de sa mort. En allemand, on parle de "Stolpersteine", "pierres d’achoppement", qui remettent en mémoire l’événement tragique.
Par la pose des Pavés de Mémoire, la Commune de Woluwe-Saint-Pierre veut faire œuvre de mémoire et de pédagogie pour les générations actuelles et futures, et aussi démontrer, ce qui est important, qu’il y a et des Belges non-juifs, comme le époux Odile Ovart-Henri et Rémy Ovart et leur fille Andrée Ovart, ou encore Andrée Geulen, qui, au péril de leurs vies, ont aidé et caché des Juifs, parce qu’ils estimaient que ce qui se passait était injustifiable, intolérable et contraire à la notion que tout être humain devrait avoir de l’éthique et des droits humains. Ils sont l’honneur du peuple belge et méritent notre respect à jamais.
La Commune de Woluwe-Saint-Pierre tient à remercier, en particulier, l’Association pour la Mémoire de la Shoah, sans laquelle la pose des Pavés de Mémoire n’aurait pas été possible et le comité de quartier Allo-Quartier et surtout le Professeur Raymond Mayer, pour ses précieuses recherches historiques, Madame Gerda Alloa et Paul Galand, qui ont insufflé l’idée d’une commémoration dans le quartier de la rafle du 12 juin 1943.
08/06/2018 Pascal LEFÈVRE (Ecolo) Échevin du Logement.
Source documentation : Caserne Dossin -Malines
https://auschwitz.be/fr/accueil/agenda/cycle-de-documentaires-de-l-asbl-memoire-d-auschwitz-survivre-et-resister-a-auschwitz-29-janvier-2019
Recherches et informations : C.B.
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