Skip to content

KICHKA- GRUSZKA

Biography of Chana GRUSZKA épouse KICHKA, Henri KICHKA and 3 more

Au n°29 Rue Coenraets à Saint -Gilles, une commune bruxelloise, vivait la famille Kichka- Gruszka, celle-ci était composée de :

Chana Guszka épouse de Josek Kichka, née le 15/12/1899 en Pologne- mère au foyer.
Josek Kichka, né le 13/08/1898 en Pologne - tailleur.
Henri, né le 14/04/1926 à Bruxelles - étudiant
Bertha, née le 30/08/1927 à Bruxelles - étudiante
Nicha, née le 27/10/1933 à Bruxelles - écolière
Esther- Estera Gruszka, soeur de Chana, née le 10.01.1912 .

"Le père d'Henri Kichka, Josek Kichka, est né en Pologne à Nawaulica, dans la banlieue de Skierniewice, le 13 août 1898. En 1918, il fuit la montée de l'antisémitisme. Lors de son périple, il connaîtra l'emprisonnement et les brutalités allemandes. Libéré, il s'installe à Bruxelles.
La maman d'Henri, Chana Gruszka, est née à Kaluszyn, le 15 décembre 1899. Elle arrive en Belgique en 1924. Le couple renonce à la nationalité polonaise et vit comme apatride.
Ainé de la famille, Henri naquit à Bruxelles, le 14 avril 1926. Bertha, sa sœur, le 30 août 1927 et Nicha, le 27 octobre 1933. En 1935, la famille s'installe à Saint-Gilles, rue Coenraets, dans le quartier juif à proximité de la gare du Midi.

Peu pratiquante, la famille ne fréquente la synagogue qu'aux grandes fêtes religieuses et se reconnait dans les idées de la Gauche, largement véhiculées dans la communauté à l'époque. Henri grandit dans un milieu modeste, mais ne manque de rien.

Son papa est tailleur pour hommes, en plus de sa clientèle, il vend ses confections sur différents marchés bruxellois. Henri poursuit sa scolarité et se révèle être un brillant élément. À l'école primaire, il apprend le français, la langue usuelle à la maison étant alors le yiddish. Le polonais était proscrit. Par la suite, Henri apprendra plusieurs autres langues dont l'allemand, ce qui se révélera fort utile pour la suite.

En mai 1940, la famille est abasourdie par l'invasion de la Belgique par les Nazis.
Josek, le papa, ne se fait aucune illusion sur le sort qui sera réservé aux Juifs, sa blessure de 1918 n'étant pas encore cicatrisée.
Il décide de partir pour l'exode en France.

Le 13 mai 1940, la famille prend le train à la gare du Midi, direction le Sud de la France. Les trains étaient bondés. De nombreuses familles juives avaient également fait le choix de fuir l'avance allemande. Après trois jours de voyage, ils se retrouvent à Toulouse puis, à cinquante kilomètres de là, à Revel dans la Haute-Garonne.
De là, en septembre 1940, ils sont à nouveau contraints par les milices pétainistes de rejoindre un camp pour réfugiés à Agde. Avec amertume, la famille constate qu'ils sont bel et bien détenus prisonniers derrière des barbelés tenus par des gardes en armes à la solde du Régime de Vichy. Les femmes et enfants et les hommes sont séparés dans deux camps distincts. Les semaines s'écoulent, interminables.
Fin novembre 1940, ils sont transférés à Rivesaltes à sept kilomètres de Perpignan. Pour lutter contre la vermine, les femmes sont rasées. Une consolation toutefois : la famille est à nouveau réunie.

Fin 1940, le miracle se produit, suite aux démarches accomplies par Régine, une tante ayant immigré vers Paris avant guerre, la famille est libérée et remonte un temps sur Paris puis regagne la Belgique et Bruxelles en passant par le camp pour réfugiés belges en difficulté de Châteauroux. De retour à Bruxelles, ils assistent impuissants, à l'imposition des différentes ordonnances allemandes, qui ne sont qu'autant de brimades dont l'ultime sera l'imposition du port de l'étoile jaune, le 27 mai 1942. Les camarades de classe et professeur d'Henri, en signe de solidarité, décident, eux aussi, de porter l'étoile jaune.

Le 1er août 1942, Bertha fut la première à recevoir sa convocation à Malines. Il s'agit d'une missive, envoyée par l'Association des Juifs en Belgique invitant les destinataires à se présenter à la Caserne Dossin à Malines pour le travail obligatoire, euphémisme et stratagème allemand pour masquer leur politique génocidaire en Europe. Le courrier, menaçant, est sans ambigüité.

Aujourd'hui encore, Henri Kichka ne comprend pas pourquoi, toute la famille a accompagné Bertha pour prendre le tram vers la gare du Midi. C'est la dernière fois qu'il verra sa sœur.
Bertha, déportée par le 1er convoi est assassinée par les Nazis dès son arrivée à Auschwitz.

La famille ignore tout de son sort, le désespoir est grand. Dans la nuit du 3 au 4 septembre 1942 a lieu à Bruxelles, dans le quartier juif de la gare du Midi, l'unique rafle perpétrée par les Allemands à Bruxelles. Dans l'angoisse, la famille entend les coups de crosses sur les portes des maisons: "Alle Juden, raus!".
Les familles, aux abois, sont rassemblées à la gare du Midi et acheminées vers la Caserne Dossin. Les conditions sanitaires y sont déplorables. Après huit jours, ils ont reçu leur matricule: Josek, le papa, le IX-603; Chana, la maman, le IX-604; Henri, le IX-605, Nicha, le IX-606 et Esther, une tante retrouvée sur place, le IX-607.

La machine administrative allemande est bien huilée, le piège s'est refermé. Ils feront tous partie du convoi n° 9 du 12 septembre 1942. Comme les convois VI, VII, VIII, XII et XIII, le IXe convoi fit une halte à Kosel. Les hommes âgés entre 15 et 55 ans durent descendre du train pour être affectés au travail obligatoire.

Les femmes et les enfants poursuivirent seuls leur voyage vers Auschwitz. Chana, Nicha et Esther sont assassinées par les Nazis à leur arrivée au camp, le 14 septembre 1942. La veille, le 13 septembre 1942, Henri et son papa, Josek, avaient été internés au camp de Sarkau pour prendre part à la construction d'une voie ferrée. Humiliations, privations, coups étaient alors leur quotidien. Ils sont alors transférés à Klein-Margersdorf puis à Tarnowitz, le 21 octobre 1942. Henri souffre d'un pied gelé et d'un œdème, il est envoyé au Rivier qui n'est rien d'autre que le mouroir du camp.

Fin mars 1943, il est pour la première fois séparé de son père et transféré au camp de convalescence de Sint-Annaberg où il ne reçoit que très peu de nourriture. En avril 1943, il est transféré à nouveau vers Shoppinitz et, en mai 1943 à Blechhammer (Auschwitz IV), camp annexe d'Auschwitz où il retrouve son papa.

Tatoués, Henri reçoit le numéro de matricule 177789 et son père, le 177777. Ils sont désormais contraints de porter l'uniforme rayé, bleu et blanc, des prisonniers. Le 21 janvier 1945, face à l'avance de l'Armée rouge, ils sont contraints à une marche de la mort qui, par des températures nocturnes de −18 °C à −31 °C, les conduisit à Gross-Rosen. Ceux d'entre eux devenus trop faibles étaient abattus d'une balle dans la nuque.

Sur les 5 000 déportés qui connurent cette marche de la mort, seuls 750 survécurent. Après une énième selection, ils sont placés dans des wagons sans toits, connaissent le bombardement de Weimar et arrivent à Buchenwald, le 10 février 1945.
Là, Henri échappe une nouvelle fois à la mort grâce à des Kapos communistes. Henri et son père connaissent la libération du camp de Buchenwald, le 11 avril 1945.
Henri aura 19 ans trois jours plus tard. Affaibli, ayant dû être amputé d'un pied, Josek, le père d'Henri meurt en avril 1945 après la libération de Buchenwald.

Libéré, Henri est envoyé à l'aéroport de Weimar où il séjourne 17 jours puis est rapatrié en camion vers la Belgique où il arrive le 5 mai 1945, il pèse 39 kg. Voici plus de neuf mois que Bruxelles a été libérée. Il est hébergé un temps dans un Centre d'accueil à Uccle, puis s'adresse à l'AIVG (Aide aux Israélites Victime de la Guerre née de l'organe clandestin qu'était le Comité de défense des Juifs).
On lui diagnostique une tuberculose, il est hospitalisé un mois à l'hôpital Brugmann et poursuivra sa convalescence durant 16 mois au sanatorium Georges Brugmann à Alsemberg. Le 30 août 1946, il rejoint l'orphelinat de l'AIVG.
Parmi les enfants qui sont tous d'anciens enfants cachés, il est le seul à avoir connu la déportation et à y avoir survécu. Sa majorité approchant, il prend un appartement en location avec son ami Beno Linzer et décroche un emploi chez un maroquinier.

En 1947, il s'inscrit à l'Union sportive des jeunes Juifs (USJJ), renouant par là avec sa communauté.

Le 9 avril 1949, il épouse Lucia Swierczynski. En 1952, il est enfin reconnu belge. La vie reprend, doucement, son cours. Son adolescence, comme il l'écrira plus tard, fut perdue dans les camps. Il faut tout reconstruire, panser des blessures qui ne guériront pas. Henri, jusqu'au début des années 1980 ne parlera pas de ce que lui et sa famille avaient enduré.
Ensuite, une fois pensionné, après une carrière dans le textile, il se révélera être un infatigable témoin de la Shoah transmettant son témoignage auprès de jeunes collégiens et prenant part à de nombreux voyages commémoratifs vers Auschwitz, la disparition des témoins rendant plus aigüe encore sa perception de son rôle de passeur de mémoire..
Sur les six personnes qui composaient la famille, seul Henri a survécu à la déportation.

http://marolles-jewishmemories.net/pavesdememoire/fr/

Henri Kichka, seul survivant de la famille est décédé à Bruxelles le 25 avril 2020, suite à l'épidémie du coronavirus 2019 (Covid19)

Communiqué du COJB

Hommage

Disparition de M. Henri Kichka :

" Le CCOJB exprime sa profonde tristesse à l’annonce du décès de Monsieur Henri Kichka, mench de la Communauté, rescapé des camps de concentration d’Auschwitz, un des rares survivants du IXe convoi parti de Malines le 12 septembre 1942, seul survivant de sa famille.
Depuis des décennies, Henri Kichka n’a eu de cesse de témoigner de l’enfer de la Shoah, notamment auprès des plus jeunes. Sa silhouette telle une vigie était présente à Malines pour nous rappeler l’innommable. Il nous faudra à présent continuer avec vigueur la transmission de cette mémoire si importante.

Henri était un grand homme, empreint d’humour et d’humanité. Son sourire et son œil malicieux nous donnaient comme un aperçu d’éternité. Il nous manquera, mais les valeurs et la mémoire qu’il nous a léguées resteront en nous à jamais.

Le CCOJB adresse à ses enfants Michel et Irène et à toute sa famille, ses plus sincères condoléances. Baruch Dayan Haemet."

Association /Témoins de la 2ème génération :

Henri Kichka est né le 14 avril 1926 à Bruxelles, fils du tailleur Josek Kichka et de Chana Gruszka, juifs d'origine polonaise peu pratiquants arrivés en Belgique dans les années 1920.

Dès l’invasion nazie, la famille Kichka fuit en France où ses membres sont séparés. Ils sont internés dans les camps français d'Agde et de Rivesaltes. Fin 1940, Henri retrouve ses parents et ses sœurs et ils retournent à Bruxelles. La famille y est arrêtée lors de la première grande rafle, le 3 septembre 1942.

Le 12 septembre 1942, Henri et sa famille font partie du 9e convoi quittant Malines en direction d’Auschwitz. Il est alors âgé de 16 ans. Ses sœurs Bertha, Nicha et Esther, ainsi que sa mère sont gazées à Birkenau dès leur arrivée. Ensemble avec son père, il passe par neuf camps de concentration, aux alentours d’Auschwitz. En janvier 1945, ils participent à la marche de la mort vers Gross-Rosen et Buchenwald, un calvaire que son père ne survit pas. Henri est finalement libéré à Buchenwald le 11 avril 1945. Il pèse 39 kilos et il est atteint de tuberculose. Il est le seul survivant de la famille.

Henri retourne en Belgique et passe 16 mois dans un sanatorium.

En 1949, il épouse Lucia dont il aura 4 enfants.

Autobiographie : Une adolescence perdue dans la nuit des camps, 2006, La Renaissance du Livre
Interview
Ouvrage :
« Une adolescence perdue dans la nuit des camps » sorti aux éditions Luc Pire
livre_Henri_kichka

Photos et documents : Kazerne Dossin- Musée juif- AGR_AMS

C.B.

Media

Photos

Free thanks to your help

This biography is free to read. If you like the Stolpersteine Guide, we would be glad of a small contribution.

Thanks to Martin Schreyer, Claudia Körner, Anett Humboldt, Peter Hein and 6 more.
Support

Stolpersteine nearby

All Stolpersteine in Belgique