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Famille Erdelyi

Biography of Georges Erdelyi, Nesea Erdelyi and 3 more

Au 6bis rue Girot à Bois-Guillaume (actuel 62 rue du Commandant Dubois) habitaient Georges, Nesea, Betty, Michèle et Annie Erdelyi

Georges Erdelyi est né le 11 avril 1908 à Csengerbagos (Boghiș), dans la région de Transylvanie qui faisait partie à l’époque de la Hongrie. Ce jeune ingénieur électricien de nationalité hongroise arrive en France en 1929 ou 1930. D’abord installé dans l’Oise, il entre ensuite au service de la société des tramways de la ville de Rouen et s’établit dans l’agglomération.
Le 4 août 1937, il épouse à Bois-Guillaume Nesea Cataf, dite Nelly, née le 20 décembre 1911 à Chisinau (Kichinev) en Moldavie, rattachée alors à l’Empire russe et plus tard à la Roumanie. De nationalité roumaine, Nesea devient Hongroise par son mariage, mais l’administration française la considère encore comme Roumaine. Arrivée en France en 1930 ou 1931, elle a quitté Paris en 1934 pour s’installer à Bois-Guillaume, où elle a exercé un temps la profession de marchande ambulante. Elle y a résidé rue de Diane chez son oncle Max Kaciaf, qui l’hébergeait déjà dans la capitale, boulevard du Temple où il avait un magasin.
Le couple Erdelyi vit d’abord rue Saint-Hilaire à Rouen. Nesea a cessé de travailler et deux premières filles viennent au monde : Berthe dit Betty le 31 janvier 1938 à Mont-Saint-Aignan et Michèle le 17 mars 1939 à Rouen. En octobre 1940, la famille emménage au 6bis rue Girot à Bois-Guillaume. C’est à cette adresse que naît la petite Annie Rose le 25 janvier 1941. Les trois fillettes sont de nationalité française, par déclaration de leur père.
À la déclaration de guerre, Georges tente sans succès de s’engager dans l’armée française et travaille alors dans différentes usines qui produisent pour la défense. Pendant l’occupation allemande, les Erdelyi subissent la politique antisémite et comme tous les Juifs de plus de six ans de la zone occupée, Georges et son épouse doivent porter l’étoile jaune à partir de juin 1942. Avec d’autres femmes étrangères de l’agglomération rouennaise et leurs enfants français, Nesea et ses trois filles sont arrêtées une première fois dans la rafle du 9/10 octobre 1942. Comme les autres Juifs arrêtés cette nuit-là par la police française sur ordre des SS, Nesea est transférée avec les petites au centre de regroupement (« centre d’accueil ») de la rue Poisson à Rouen (actuelle rue des Requis). Mais Georges parvient à prouver qu’elle est devenue Hongroise par son mariage – une nationalité non encore « déportable » – et à obtenir sa libération et celle de ses filles le 15 octobre, veille du départ pour Drancy.
Mais le répit est de courte durée pour la famille Erdelyi : lors de la grande rafle des Juifs du département de Seine-Inférieure planifiée par la Gestapo de Paris en liaison avec la Sipo-SD régionale, Georges, Nesea, Betty, Michèle et Annie sont arrêtés dans la nuit du 15 au 16 janvier 1943 à leur domicile de Bois-Guillaume par la police française. Ils sont conduits au centre de la rue Poisson à Rouen, où ils arrivent à 3h40, et ils repartent peu après sous escorte policière vers la gare, où on leur fait prendre le train de Paris de 5h45 pour les transférer à Drancy. Arrivés le jour même au camp de transit, ils y souffrent de la faim et des conditions d’internement. Le 11 février 1943, tous cinq sont déportés dans le convoi n°47 à destination d’Auschwitz-Birkenau. Nesea et ses trois filles sont gazées à leur arrivée dans le centre de mise à mort nazi, tandis que Georges y est sélectionné pour le travail forcé sous le matricule 102165.
Georges Erdelyi témoigne après la guerre des atrocités qu’il a connues à Birkenau, où il doit d’abord effectuer des travaux de terrassement puis rassembler et trier les bagages des déportés. En raison de sa profession, à laquelle il doit sa survie, il est ensuite affecté à un commando qui procède à l’installation électrique des chambres à gaz et des fours crématoires, puis il est chargé de l’entretien de ces derniers. En octobre 1943, il est transféré à Varsovie, où il doit déblayer les ruines et les cadavres du ghetto juif jusqu’en juillet 1944. Après un passage à Dachau, il est dirigé vers le camp annexe de Kaufering où il est astreint au travail forcé pour l’entreprise d’électricité AEG jusqu’en avril 1945. Évacué vers le 20 de ce mois en direction du Tyrol, il est libéré début mai par les troupes américaines près de Wolfratshausen en Bavière. Rentré en France, il reprend sa profession d’électricien à Rouen. Il décède dans cette commune début novembre 1979.

© Corinne Bouillot

Le 7 avril 2024, Gunter Demnig a posé cinq Stolpersteine devant le 62 rue du Commandant Dubois pour honorer la mémoire de la famille Erdelyi.

© photos AD76.

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